Je suis ce linceul blanc dans lequel je n'ai pas pu imprégner son visage.
Je suis ce tableau sur lequel ses mèches de cheveux n'ont rien peint.
Je suis sans visage, car elle ne me voit pas.
Je me dégoûte et me répugne, car je tombe amoureux de femmes qui ne m'aimeront jamais.
Je veux partager mes regards avec quelqu'un qui a envie de me voir. Je veux pouvoir regarder cette personne et capter mon reflet dans ses yeux afin de me voir sourire quand je l'observe.
Mon regard ne rencontre que des murs blancs dans lesquels j'ai envie de fendre mon crâne au lieu de rencontrer le rose de sa peau pour m'y blottir.
J'échangerais toutes les caresses les plus intenses, juste pour qu'elle me voie comme je la voie telle qu'elle est; simple et sublime.
Si seulement elle pouvait venir me sortir du monde dans lequel je vis et me dire « réveille-toi », je promets de plus jamais fermer l'½il sur elle. Je resterais au pied de son lit juste pour voir les draps se lever à chacun de ses souffles. Je passerais une main tendre sur elle pour m'assurer qu'elle ne fasse aucun mauvais rêve.
Je prendrais tous les coups que la vie a à lui offrir afin qu'elle ait une fin heureuse. Qu'importe la douleur, je me lèverais toujours afin d'accueillir le prochain coup, souriant de la savoir heureuse et protégée.
J'ai oublié ce que c'est d'aimer.
Je me persuade que je ne suis plus capable de ressentir quoi que ce soit. Que le bonheur est devenu quelque chose de lointain et que je vie selon le dicta de la vie. Je me contente de vivre sans plaisir, car plus rien ne m'atteint.
Tout est fade, sans saveur, rien ne m'attire et je réagis à des situations données, car on m'a appris à faire le singe; Tape des mains quand quelque chose t'indique que c'est beau, sourie quand c'est censé te faire rire, parle quand on te demande de répondre, mais ne pleure pas car tu ne sais pas faire semblant.
Ma vie a perdu de son intensité. Mais avec elle je sais que tout ce qui m'entoure pourra à nouveau m'émerveillé. Tout pourrait me paraître beau, même le laid.
Aujourd'hui je vie plus intensément et ressens mes émotions. Grâce à elle je peux prétendre être vivant. Dommage que ce plaisir ne soit fait que de douleurs.
Quittes à choisir, devrais-je agir selon les ordres de mon cerveau ou bien vivre avec le mal que je ressens et faire en fonction de mes douleurs?
Il serait plus simple de me poser la question suivante; me laisser mourir ou me faire mourir?
Car si c'est cela que l'on appelle vivre, je préfère encore que l'on efface mon prénom sur ma pierre tombale, car elle ne le prononcera jamais.
Je voudrais me réincarner en une forte pluie d'été et attendre qu'elle se jette dehors pour s'y doucher. Je laverais ainsi les affronts que la vie a pu lui faire subir. Je filtrerais sur ses lèvres afin de gorger sa bouche. Je me collerais sur ses vêtements afin de sentir le nu de sa peau. Je boucherais ses oreilles de tout le mal qu'elle pourrait entendre. Je couvrirais le sol de mon tapis d'eau afin d'amortir ses pas.
Elle viendra me caresser de ses mains sur son visage. Mes éclats d'eau contre ses éclats de rire.
Puis elle me séchera comme je sèche mes larmes sans elle
Je voudrais partager des moments de vide avec elle. Ne jamais détacher mon air de sa respiration. Je voudrais vivre isolé avec elle dans les neiges, ainsi je pourrais voir son souffle se lever en nuage et venir m'en nourrir.
Si seulement elle pouvait prendre le temps de me regarder aussi lentement que mes larmes coulent le long de mon sourire quand je la regrette.
J'échangerais une vie à l'écouter me supplier de partir, plutôt que de ne plus jamais l'entendre.
Mes larmes qu'elle m'évoque orchestre la plus belle mélodie. Je ne suis qu'une chanson inachevée. Pardonne-moi de mentir, car en fait t'avoir connu m'a achevé.
Tu as fait de moi un homme en te rencontrant et je me sens tel un enfant en ta présence.
Tu es faite de vin et je suis fait de verre afin de te résister. Mais ta fraîcheur me transperce et coule le long de moi.
J'ai soif d'elle!
J'avance dans un décor de désert. J'avance par soif d'elle. Mais cela n'est qu'un mirage et je cours en vain. Je me meurs sec et amer. Seule ma peau sur les os me tiendra compagnie cette nuit dans un ciel aveugle.
Je n'ai pas de rêve américain, de ruée vers l'or, d'Eldorado. Elle est ma course au bonheur.
Fuie-moi, car je ne saurais que trop t'aimer.
Au moment de te serrer contre moi, je ne serai plus là.
Me concernant, être dépendant au bonheur c'est être dépendant à la douleur.
Étrangle-moi, je veux me sentir mourir, haletant entre tes mains. Offre-moi la petite mort. Suicide-moi.
